On connaît ce principe : on imite avant de créer. C’est vrai dans nos apprentissages les plus basiques : un enfant répète les gestes des adultes avant d’inventer les siens.
C’est vrai dans nos parcours scolaires : on applique d’abord les méthodes qu’on nous montre, ligne par ligne, avant d’y mettre notre intelligence propre.
C’est vrai dans les métiers : on reproduit ce que le premier formateur nous a transmis, avant de trouver une façon plus fluide, plus adaptée, plus à nous.
Et dans les entreprises que j’accompagne et que j’observe, c’est exactement ce qui se passe avec l’IA.
- L’imitation est le point de départ.
- Elle est normale.
- Elle rassure.
- Elle protège le mental quand tout change autour.
Mais la vraie question, c’est combien de temps on reste dans cette phase. Parce qu’un enfant qui reste en imitation n’explore jamais sa créativité. Un professionnel qui se contente de reproduire finit par produire des choses très plates.
Et une organisation qui imite trop longtemps retarde sa transformation — sans toujours s’en rendre compte. Et quand je parle de transformation, je parle très simplement de votre manière de travailler : vos méthodes, vos priorités, votre cadre.
Et c’est là que tout se joue : dans la manière dont vous sortez de l’imitation, et dans ce que cette transition révèle de votre façon de travailler.
L’imitation : une étape normale, mais limitée
Pourquoi vous commencez toujours par copier l’ancien modèle
L’imitation rassure. Elle donne des repères. Elle diminue la charge mentale, surtout quand tout change autour. Je le vois régulièrement : c’est une réaction humaine, logique, prévisible.
L’IA utilisée pour reproduire l’existant
Dans la plupart des organisations, l’IA accélère les mêmes tâches, les mêmes réflexes, le même cadre. Plus vite, oui. Mais pas mieux.
Pourquoi les organisations restent bloquées à cette étape
Un problème de posture, pas d’outils
Vous abordez l’IA avec des réflexes hérités du passé. Vous appliquez une logique d’hier à un outil d’aujourd’hui. Et à première vue, tout semble avancer : les textes sont mieux écrits, les idées sortent plus vite, les messages sont plus clairs.
Mais dans les entreprises que j’accompagne et que j’observe, on voit très bien ce qui se joue : la manière de travailler ne change pas. C’est la même organisation. Les mêmes processus. Les mêmes décisions prises dans la même urgence.
L’outil a changé. Le terrain, non.
Optimiser l’existant n’est pas transformer
Beaucoup d’organisations confondent les deux. Elles se disent : « Avant, j’écrivais un texte en 40 minutes, maintenant en 8 minutes. Donc j’ai transformé. »
En réalité, vous avez optimisé une étape, pas transformé votre métier.
La transformation, ce n’est pas aller plus vite. C’est repenser la manière même dont le travail circule : la façon dont vous priorisez, décidez, structurez, transmettez, coordonnez.
Et tant que la méthode reste la même, l’IA fait toujours la même chose : elle accélère l’existant, elle amplifie vos habitudes, elle tourne dans le cadre que vous lui donnez — même si ce cadre ne répond plus vraiment à vos enjeux.
On croit avancer. On voit du mouvement. Mais le mouvement reste horizontal. Il ne touche pas les fondations.
L’organisation avance en surface, pas en profondeur
En surface, tout paraît plus fluide : les contenus sortent plus vite, les mails sont mieux écrits, les idées arrivent plus facilement.
Mais en profondeur, rien n’a bougé : les processus restent lourds, les réunions restent trop longues, les décisions réactives, le travail fragmenté, l’équipe dans la même course à l’urgence, et la posture dirigeante centrée sur “produire” plutôt que “structurer”.
Et c’est là que les organisations se bloquent : elles n’ont pas pris le temps de revoir leur manière d’opérer.
Pas par manque de volonté. Par pression. Par surcharge. Par réflexe de survie.
Pourtant, je le vois dans chaque accompagnement : il suffit parfois de petites bascules pour remettre de la cohérence, du souffle, de la profondeur, sans faire une révolution.
Ce qui manque souvent, ce n’est pas un nouvel outil. C’est un moment pour regarder comment on travaille réellement. Et un dirigeant qui accepte de dire : « On ne va pas juste accélérer ce qu’on fait déjà. On va choisir un autre terrain. »
C’est là que la vraie avancée commence.
Quand les outils avancent plus vite que l’organisation
L’IA ne récompense pas la vitesse, mais la clarté
Si votre posture est confuse, l’IA le devient aussi. Ce n’est pas une question d’outil, mais de direction.
L’urgence produit du superficiel ; le sens produit de la qualité
Quand vous allez trop vite, vous produisez des contenus creux. C’est tout le sujet que j’ai abordé dans mon article du 18 novembre. Le sens, lui, restaure instantanément la qualité.
L’outil avance, l’organisation non
L’écart grandit. La dette organisationnelle se prépare. C’est ce que j’ai détaillé dans l’article du 16 décembre.
Changer le terrain avant de changer les outils
Les questions qui marquent la bascule
Pour ouvrir la transformation, trois questions reviennent toujours :
- Quel travail est essentiel ?
- Qu’est-ce qui doit être repensé ?
- Quelle est la valeur réelle de votre métier ?
La rupture n’est pas technologique, elle est culturelle
- un autre rapport au travail
- une cohérence interne
- un cadre assumé
- une transmission mieux posée
Passer de l’imitation à la création. Quand vous cessez d’accélérer l’existant, vous pouvez enfin transformer. Là commence la vraie évolution. Là se joue votre maturité interne – c’est tout le sujet d’un prochain article
Les bases à installer pour avancer en 2026
Clarifier la posture
Assumer un cadre. Sortir de l’imitation. Définir votre niveau d’exigence. C’est votre rôle dirigeant.
Observer les usages réels dans les métiers
Les signaux sont dans le quotidien, dans les gestes, dans la pratique. Pas dans les dashboards.
Installer la cohérence : méthodes, transmission, langage
La transformation se joue dans la manière de travailler ensemble, dans l’alignement entre intention et méthode.
Préparer la suite : 2026 comme année de création
Passer de “on accélère” à “on transforme”, c’est un changement de posture. C’est un moment où l’organisation arrête de courir derrière la vitesse pour revenir à l’essentiel : créer quelque chose qui lui ressemble, qui tient dans le temps, qui construit sa vraie valeur.
2026 sera une année décisive pour celles et ceux qui auront cette lucidité. Parce qu’à ce stade, ce n’est plus la rapidité qui compte. C’est votre capacité à :
- définir la valeur propre à votre métier,
- repenser ce qui vous rend singuliers dans un monde qui s’homogénéise,
- reposer un cadre clair, cohérent, aligné à votre réalité interne,
- choisir la trajectoire qui vous permet de rester pérennes dans un environnement qui bouge très vite.
Sortir de l’imitation, ça veut dire : arrêter de regarder ce que font les autres, arrêter de coller aux standards, et revenir à cette question simple : qu’est-ce que nous voulons construire, nous ?
Et c’est exactement là que beaucoup d’organisations prennent de l’avance : en assumant leur propre modèle, en clarifiant leur posture, en posant les bases d’un travail plus cohérent, plus profond, plus durable.
Et c’est précisément dans ces moments-là que j’interviens pour accompagner les cadres et responsables d’équipe à poser ce cadre, structurer les usages et installer des relais internes capables de faire vivre cette nouvelle manière de travailler.
À propos de l’auteur
Micheline Boutrin Deroire
Fondatrice de PAS À PAS DIGITAL, consultante stratégique en IA appliquée aux métiers et à la transformation humaine des organisations.
Elle accompagne les cadres, dirigeants et responsables d’équipe qui souhaitent intégrer l’intelligence artificielle dans leurs pratiques, en cultivant une posture managériale consciente et une culture du changement alignée.
Son approche relie quatre axes : IA, optimisation numérique, usages et posture — pour transformer sans se perdre.
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