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IA et le discours qui éloigne du réel

Plus le discours monte, plus le réel s’éloigne.
4 juin 2026 par
IA et le discours qui éloigne du réel
PAS A PAS DIGITAL, Micheline Boutrin Deroire
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Plus l’intelligence artificielle est présentée comme spectaculaire, plus les entreprises passent à côté de ce qui se joue réellement dans leurs pratiques.


Ce que j’observe sur le terrain n’a rien de spectaculaire, et pourtant, c’est là que tout se joue.


Un discours qui change d’échelle

Depuis quelques mois, le niveau de discours autour de l’intelligence artificielle a clairement changé d’échelle.

On parle d’agents capables de prendre en charge des tâches entières de manière autonome, de systèmes qui pourraient remplacer certaines fonctions humaines, ou encore d’outils capables de produire, analyser et décider à un niveau qui rivaliserait avec des expertises métiers.

On évoque des intelligences capables d’écrire du code seules, de piloter des processus complets, ou d’intervenir dans des domaines complexes comme le droit, la santé ou la recherche.

L’idée qui s’installe, c’est celle d’une technologie qui ne se contente plus d’assister, mais qui pourrait agir, décider et produire à un niveau équivalent, voire supérieur, à celui de l’humain dans certains contextes.

À la fin de cette montée en intensité, une question finit forcément par se poser : très bien, mais qu’est-ce que cela change réellement dans une entreprise, dans une équipe, dans une chaîne de décision, dans une responsabilité métier ?


Parce qu’à force de parler de ce que l’IA pourrait faire demain, on finit par oublier ce qui manque aujourd’hui : un cadre clair, des repères concrets, et une manière sérieuse d’intégrer tout cela dans le travail réel.

Ce que ce niveau de bruit provoque dans les entreprises

Dans les échanges que j’ai avec des dirigeants et des responsables d’équipe, je vois apparaître une forme de dispersion. Les questions sont nombreuses, les repères sont instables, et chacun essaie de comprendre à partir de ce qu’il entend autour de lui.

Certains interrogent leurs collègues, cherchent des retours d’expérience, observent ce que font les autres. D’autres restent en retrait, faute de savoir par où commencer. Le sujet circule, mais il ne s’ancre pas.

Ce n’est pas tant la complexité de l’IA qui pose problème. C’est le niveau de bruit qui empêche de se situer clairement.

À cela s’ajoute une autre difficulté :

  • plus le sujet prend de place,
  • plus les prises de parole,
  • les offres, les promesses
  • et les solutions se multiplient.

Pour un dirigeant, cela complique encore la lecture. Il devient difficile de savoir de quoi il a réellement besoin, à qui faire appel, et par quel point d’entrée commencer.


Ce décalage qui fausse les priorités

Ce que j’observe, c’est un décalage qui influence directement la manière dont les décisions sont prises. Le regard se porte sur ce qui pourrait arriver, sur ce qu’il faudrait anticiper, ou sur ce que d’autres semblent déjà maîtriser.

Dans le même temps, les dirigeants cherchent à se rassurer, à comprendre, à comparer. Ils posent des questions, recueillent des avis, tentent de se situer dans un environnement qu’ils perçoivent comme mouvant.

Mais ce mouvement crée une confusion sur les priorités. Il donne le sentiment qu’il faut aller vite, rattraper un retard, ou se mettre à niveau.

Alors que la question n’est pas d’aller plus vite. La question est de comprendre ce qui est déjà en train d’impacter concrètement la structure.


Ce que le bruit rend invisible

Quand le discours prend toute la place, certaines dimensions essentielles deviennent plus difficiles à percevoir. La nécessité de poser un cadre clair, les décisions implicites déjà engagées, ou encore la responsabilité professionnelle associée à chaque usage passent au second plan.

Ce ne sont pourtant pas des sujets secondaires. Ce sont eux qui déterminent si l’intelligence artificielle vient réellement soutenir le travail, ou si elle s’ajoute comme une couche de plus dans une organisation déjà peu lisible.

À quel moment décide-t-on ce qui peut être fait avec l’IA, par qui, dans quelles limites, avec quel niveau de validation, et sous quelle responsabilité ? Tant que ces questions restent floues, l’usage peut avancer, mais il n’est pas structuré.

Le sujet n’est donc pas seulement l’outil. Le sujet, c’est la manière dont l’organisation cadre son usage, structure les décisions associées et assume les responsabilités professionnelles qui en découlent.


Commencer par ce qui est déjà là

Le point de départ n’est pas la dernière promesse sur l’IA. Le point de départ, c’est ce qui est déjà en train de se passer dans l’entreprise.

Observer ce qui se passe déjà dans l’organisation, mettre des mots sur les usages existants, clarifier les décisions prises, même lorsqu’elles ne sont pas formalisées. C’est à partir de là que les pratiques peuvent évoluer avec cohérence.


Là où se joue aujourd’hui l’essentiel

Ce que je vois, ce ne sont pas des entreprises dépassées par une technologie trop avancée.

Ce que je vois, ce sont des organisations prises dans un niveau de discours qui les éloigne de leur propre réalité, et qui les empêche de regarder ce qui est déjà en train de transformer leur manière de travailler.

C’est à cet endroit précis que se joue aujourd’hui l’essentiel : dans la capacité à poser un cadre clair, à éclairer les usages réels et à assumer les décisions qui en découlent.

Car derrière chaque usage de l’intelligence artificielle, il y a une responsabilité professionnelle engagée. Et tant que ce cadre n’est pas posé, ce ne sont pas les outils qui posent question, mais la manière dont ils sont utilisés, validés et intégrés dans le travail.

C’est à cet endroit que j’interviens, là où les organisations ont besoin de mettre des mots, de poser un cadre et d’assumer les décisions que l’usage de l’intelligence artificielle implique dans le travail réel.


Si cet article vous a éclairé, d’autres textes prolongent cette réflexion sur l’IA, les usages et la transformation des pratiques. 


À propos de l’auteur

Micheline Boutrin Deroire

Fondatrice de PAS À PAS DIGITAL, consultante stratégique en gouvernance et intégration des usages professionnels de l’intelligence artificielle.


Elle accompagne les cadres et responsables d’équipe sur le cadrage des usages, les décisions qu’ils impliquent et les responsabilités professionnelles associées.

Son approche relie quatre axes — IA, gouvernance, cadrage des usages et responsabilité professionnelle — pour structurer les pratiques sans les dénaturer.

Ses travaux s’ancrent dans le terrain, les situations réelles et les enjeux organisationnels des entreprises.

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[email protected] | +596 696 37 66 90

(Distinctions 2024 : Best Innovation & Strategic Change Consultancy Leader – Western Europe * Digital Transformation Expert of the Year – France).


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